05/07/2009

CHAPITRE I, page 9

Les premières notes du morceau choisi par Enna n’éveillèrent aucune réaction parmi le groupe, maintenant restreint et un peu dissipé. Il était tard, aux vins avaient succédé les alcools et puis les nombreuses bières.
Les regards étaient creusés, les bouches un peu pâteuses. L’intérêt pour le jeu n’était plus intact. Les discussions enflammées alternaient aux propos silencieux et aux chants paillards. Mais dès les premières mots de la chanson, Eljo, le Russe, et Had se regardèrent, et se turent. Gaby, Dan et Pouillot fermèrent doucement les yeux, sans avoir l’air vraiment surpris. Même les moins impliqués se joignirent au silence, conscients que l’instant n’était pas anodin. Il ne fallait pas être grand clerc, ni trop lucide pour comprendre la portée du message apporté par cet autre Michel. Le sens de l’humour n’était pas le point fort d’Enna, et personne ne lui fit l’affront de la questionner sur sa signification.

« Je rends mon tablier,
Je rends ma carte grise et mes papiers,
Ne me demandez plus au téléphone,
Je ne serai la pour personne!
Je rends mon tablier,
Mon rasoir électrique et ma télé,
Inutile de me raccompagner,
Je pars seul et je vais à pied! »

Tous connaissaient un peu Fugain, le Big Bazar, les camps scout, la chorale de la messe de 11 heures, impossible de lui échapper quand on avait 10 ans dans les années septante. Et pourtant, personne ne fredonna ces premiers sonnets. Seule, Enna, comme emportée, poussa le volume à fond et grimpa sur la table en chantant :

« Pour me cacher, je vais chercher
Et trouver
Un coin de forêt vierge
Sans flic et sans concierge,
Et quelquefois le soir j'irai
Retrouver
Au bord de la savane
Tarzan, Cheetah et Jane,
Suspendus a des lianes,
Jouant a chat perche... liberté! »

Elle répéta, et puis cria, et hurla encore « Liberté » !

01:40 Écrit par Vinature dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fugain |  Facebook |