06/05/2009

CHAPITRE I, page 4.

ElJo se retourna et sourit comme maladroitement. Mal rasé, il avait le teint blanchâtre à faire pâlir un vendeur de poudre, mais en accord parfait avec le blanc cassé de ses yeux bleus délavés, fendu de veinules rouges, petites, mais turgescentes, qui semblaient animées de leur propre vie. Sa permanente en friche, sa chemise bleue turquoise préférée froissée hors du futal un peu trop serrant, sa vielle écharpe autour du cou, il articula avec difficultés.

- « Bien sûr, la dernière, je ne vais pas rater ça, qui sera là ? »

- « Oh, il y aura du monde. Le Cri, Dan, le Russe, Nana, Pouillot, Gaby, sans doute Enna et deux ou trois autres pour les chips et sauciflards ».

- « Parfait et le thème ce sera quoi ? »

- « Bon sang tu dois le savoir, c’est Blanc-boire, une idée du Russe ! »

- « Je sais, je sais, et la musique c’est du Blancmangé ? »

- « Tu es lourd, ElJo »

- « Je sais »

- « C’est Enna qui s’en occupe, je crois »

- « Arrête, on va encore se farcir de la chanson française, Léo Ferrat, Michel Balavoine, ils s’appellent tous Michel, non ? »

Had remarqua son teint blafard.

- « On verra, en tout cas t’as la gueule de circonstance, t’as bouffé du dash ou quoi ? »

- « Fous moi la paix, je me suis levé à l'aube, qu'il voit au moins une fois ma pelure! »

-   « Quelle audace. Tu lui as pas parlé quand même »

- « Non, non, j’ai le neurone ermite mais lucide ! ».

Ils descendirent vers le centre-ville et aperçurent Paul, grande carcasse fragile depuis toujours et grande distinction par habitude.

-   « On l’inviterait bien, il est encore sympa » dit Had

-   «  Fais ta vie, si il manque quelqu’un pour les chips, why not ! ». 

Ils rattrapèrent Paul, et Had lui expliqua le principe de la réunion.

-   « Mais c’est boire pour boire ça, non ? » s’étonna Paul.

-   « Hum, tu n’es pas grande dis pour rien toi »  ironisa ElJo.

-   « Bon ok, j’ai un peu de retard sur mon planning, mais une petite sortie avant le blocus me fera du bien, je viens, mais je ne resterai pas tard, et, et merci pour l’invit ! ».

Ils se séparèrent ; ElJo réfléchit aux flacons qu’il allait amener et se dirigea vers le petit centre commercial de la ville universitaire. Il sillonna les ruelles piétonnières qu’il connaissait par cœur. Quelques coins verts, beaucoup d’autres glauques, il passa devant ses exploits de la veille; restaient quelques gobelets écrasés, égaillés, de ci de là, de petits tas multicolores dont semblaient raffoler les oiseaux. Il ne chercha pas à reconnaître le sien.

Il se souvint avoir goûté, quelques semaines plus tôt, un gewurztraminer d’une coopérative réputée. Il en ressaisît instantanément le goût. « Sympa, pas trop cher, ce sera parfait » pensa-t-il. Il ressortit avec un carton de six bouteilles et rentra à son kot, une sieste était indispensable.

22:09 Écrit par Vinature dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : blancmange |  Facebook |