25/07/2009

CHAPITRE I, page 11


« Tes tracts anti-nucléaire, tes discussions enflammées à l’ "Ecume des jours" pour refaire le monde, ta passion pour Nerval et Baudelaire, tu déconnes, et là, tu vas nous étudier
le chicon en culture hydroponique, je me marre et j’ai presque envie de dégueuler ! »

Had entrouvrit les lèvres, mais Enna continua « Pas un d’entre vous n’a poursuivi le moindre de ses rêves, tous vous rentrez, pas à pas, dans le rang. Certains très brillamment, n’est-ce pas Had ? De la ferme au doctorat, sans doute, de la ferme à "tu la fermes" oui ! » 

« Elle est bourrée » dit Had « On va la mettre coucher ».

« On doit tous aller pieuter alors ... » s’amusa le Russe

Eldjo se leva « Bon, le chicon, t’en fait pas Enna, c’est fini, tu m’entends ? J’ai enfin trouvé un truc qui me branche, le Bt, une bactérie qui infecte les chenilles, pas besoin de pesticides, si ça marche, je pourrai presque oublier tout ce que je n’ai pas vraiment étudié ! »

Had était manifestement interpellé par les propos d’Enna « Partir c’est facile, c’est une fuite, non, tu as peur de quoi Enna ? » « Et puis tu vas faire quoi exactement»

Dan ajouta « C’est vrai, quoi, il te reste un an à tirer, tu auras ton papier et après tous les allers-retours sont permis, non, au moins tu n’auras pas perdu 4 ans »

« C'est pas faux » dit Eldjo

Enna se leva, se rapprocha d’Eldjo et lui mis le bras sur l’épaule. « Et bien tu vois, mon gros loup, je n’en sais rien ! « J’ai enfin compris ce que je ne voulais pas, enfin pu l'admettre, aussi. Mais je dois encore chercher ce que je veux. Ce qui est clair? Je vais partir, loin, me vider, pour peut-être me ressourcer, et vivre! »

« C’est de la crise d’adolescente un peu tardive ça non ? » lança Had, un peu énervé.

« C’est ce que tu veux, mon vieux con, ou tout ce dont tu as peur, peut-être, et puis j’en sais rien, mais vos charcutages de drosophiles, je n’en veux plus ! »

« Bon, on en prend une dernière pour célébrer ça ?» tenta désespérément le Cri pour d écrisper l’atmosphère ».

« Ok, mais avec un petit « Port d’Amsterdam » osa Eldjo.

24/07/2009

CHAPITRE I, page 10

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Juste un petit mot pour préciser que j'ai eu l'autorisation d'Universal, de retranscrire les textes de Fugain, et le les en remercie!

c'est avec plaisir que j'en donne ici les références:

JE RENDS MON TABLIER
Auteur : Pierre Delanoë
Musique : Michel Fugain
© 1970 Editions Musicales Le Minotaure
Avec l’aimable autorisation d’Universal Music Publishing

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Liberté. Liberté. Debout sur la table, Enna était comme possédée, et hurlait. Elle allait vaciller quand elle fut rejointe par Eldjo et Had, qui, en la soutenant, entonnèrent ensemble ce chant qu’il ne connaissait pourtant pas.

Après quelques pas de danse improvisés et nuls, en comptant jusqu’à trois, presque ensemble, ils sautèrent, tous les trois, de la table et atterrirent sur les fauteuils mousses délaissés. Enna était morte de rire, comme possédée. Dan relança la musique, et dansa avec le Cri comme personne ne danserait plus jamais sur du Fugain .

Vautré dans le fauteuil, Eldjo articula en premier, « Alors le message subliminal, c’est quoi ? »

« Je crois qu’elle nous quitte » ajouta malicieusement Had.

« Quelle se casse » dit Dan visiblement énervé 

« Si elle part je crie », se marra Le Cri.

« Et si elle crie je vomis » se délecta Gaby.

Enna, en tâtonnant, s’assit plus confortablement, les regarda un à un, dans les yeux, fixement. « Oui, je m’en vais, tant qu’il me reste un peu de jus. Vous êtes tous devenus des moules, de belles moules, sympathiques, intelligentes, charnues, gourmandes, mais des moules quand même. On s’est connu quand, il y a quelques années? Il y en a plusieurs que je ne reconnais même pas !»

« Mwouais j’ai pris 11 kilos en 3 ans »s dit Eldjo « le physique, toujours le physique, ça change tout ! ».

 « C’était un peu à toi que je pensais, mais t’es soit encore plus con, soit encore bien plus lucide que je ne pensais » dit Enna.

Elle enchaîna « Rappelle moi ce que tu faisais en candi, enfin ce que tu me racontais à 5h du mat pour me baratiner ! »

Eldjo faillit ouvrir la bouche et puis baissa les yeux.

 

01:06 Écrit par Vinature dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/07/2009

CHAPITRE I, page 9

Les premières notes du morceau choisi par Enna n’éveillèrent aucune réaction parmi le groupe, maintenant restreint et un peu dissipé. Il était tard, aux vins avaient succédé les alcools et puis les nombreuses bières.
Les regards étaient creusés, les bouches un peu pâteuses. L’intérêt pour le jeu n’était plus intact. Les discussions enflammées alternaient aux propos silencieux et aux chants paillards. Mais dès les premières mots de la chanson, Eljo, le Russe, et Had se regardèrent, et se turent. Gaby, Dan et Pouillot fermèrent doucement les yeux, sans avoir l’air vraiment surpris. Même les moins impliqués se joignirent au silence, conscients que l’instant n’était pas anodin. Il ne fallait pas être grand clerc, ni trop lucide pour comprendre la portée du message apporté par cet autre Michel. Le sens de l’humour n’était pas le point fort d’Enna, et personne ne lui fit l’affront de la questionner sur sa signification.

« Je rends mon tablier,
Je rends ma carte grise et mes papiers,
Ne me demandez plus au téléphone,
Je ne serai la pour personne!
Je rends mon tablier,
Mon rasoir électrique et ma télé,
Inutile de me raccompagner,
Je pars seul et je vais à pied! »

Tous connaissaient un peu Fugain, le Big Bazar, les camps scout, la chorale de la messe de 11 heures, impossible de lui échapper quand on avait 10 ans dans les années septante. Et pourtant, personne ne fredonna ces premiers sonnets. Seule, Enna, comme emportée, poussa le volume à fond et grimpa sur la table en chantant :

« Pour me cacher, je vais chercher
Et trouver
Un coin de forêt vierge
Sans flic et sans concierge,
Et quelquefois le soir j'irai
Retrouver
Au bord de la savane
Tarzan, Cheetah et Jane,
Suspendus a des lianes,
Jouant a chat perche... liberté! »

Elle répéta, et puis cria, et hurla encore « Liberté » !

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