27/04/2009

CHAPITRE I, page 2.

Comme un automate, il se dirigea vers son bureau, s’assit devant son Mac et parcouru ses mails privés. Peu de spams, c’était bien l’avantage du Mac sur son PC d’entreprise. Mais, pas de mail non plus. Depuis 4 mois, qu’il avait emménagé ici, beaucoup semblaient l’avoir oublié. Ou bien était-ce lui qui avait négligé ses proches… Pas sa famille en tout cas, il n’en avait plus. Fils unique, ses parents étaient décédés l’année passée, à deux mois d’intervalles, son père n’ayant pas supporté la mort accidentelle de sa femme. Sa femme ? Et sa femme à lui; enfin plutôt son ex-femme ; ils étaient séparés maintenant depuis 8 ans et leur fille ayant bien grandi, les contacts entre eux n’étaient plus nécessaires. Et puis comme lui, elles étaient toutes deux absorbées corps et âmes dans leur boulot, leur réseau, leur carrière. Ce qui les avait unis au début, avait commencé par les éloigner et fini par les séparer. « Corps et âmes », Il se dit que l’expression prenait ici tout son sens. 

Il se leva, fit quelques pas et saisit une carafe. A l’aide de son sommelier fétiche rouge, le bouchon de la bouteille s’étira hors du goulot avec facilité. Il le porta à son nez ; pur, net, peut-être même une note de pain d’épices, c’était plutôt bon signe. Cette belle cuvée, il comptait bien la savourer. Aurait-elle été bouchonnée, il aurait peut-être questionné ses projets. Mais elle ne l’était pas.

Il épaula la bouteille dans son Spiegelau Expert et carafa le reste. Il huma le vin une première fois, sans agitation, pour en détecter les premières effluves. Il reconnut de suite le parfum typique des vins de ce domaine. Il agita gentiment le verre et regarda cette robe légèrement tuilée se dérouler lascivement sur les parois du verre et y laisser quelques larmes. Il le porta à nouveau à ce qui fut un temps, son outil de travail, et frissonna légèrement. Quel bouquet ! Les années avaient patiné les parfums pour en offrir un nouveau, unique et original. Il redéposa le verre et réfléchit encore. Ses pensées remontaient laborieusement les années, pour s’arrêter un temps à ce millésime 2001. Le millésime des occasions manquées, un millésime raté. 

Il revint au verre et par habitude, tenta de décrire les arômes perçus. Il y détecta des senteurs de cerise à peine confite, de confiture de vieux garçon et d’épices douces, cannelle ou girofle, ainsi que quelques arômes d’automne, d’humus et de feuilles mortes. Il porta lentement le verre à ses lèvres et prit une petite gorgée. Un peu de perlant sur le bout de la langue ne le gêna pas, mais machinalement, il fit doucement tournoyer le vin dans la carafe.

Il attendit quelques minutes avant d’en reprendre quelques centilitres ; l’attaque était veloutée, fraîche et suave, l’acidité emmenant avec elle une corbeille de fruit rouges et noirs, bien mûrs, et enrobés de tannins cacaotés. Il saliva en comptant mentalement les caudalies, et le verre se rapprocha à nouveau de son visage.

Comme tous les soirs, il se connecta à son forum vinicole préféré, chercha la rubrique idoine et y déposa quelques lignes. A peine le message posté, le système lui signala déjà une réponse. L’auteur ne faisait aucun doute, c’était certainement ce passionné furieux « lavigne », qui avait encore succombé à sa spaminingite chronique en phase, hélas, pas encore terminale. Ah ces pseudos, enfin, tant qu’à choisir un fruitier, bien que présomptueux, celui-là valait bien l’oranger ou le poirier.

A nouveau un peu tendu, Had ne put pourtant s’empêcher d’en lire la description. 

 

13:00 Écrit par Vinature dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

voisin Ouf, premieres sueurs passées....
Ben oui, il se dirige vers son Mac et.... pas de mention de la bouteille... j'ai eu peur, au point d'en être perturbé et de ne rien comprendre aux affaires de famille (de toute façon, je ne comprends jamais rien aux affaires de famille). Heureusement le petit "plop" discret du bouchon me ramena à l'essentiel....
Vu mon inexpérience, je n'ose pronostiquer le domaine. Enfin avec la pratique.... peut-etre ... dans mille ans...
Bon on en reste la pour l'instant, histoire de ne pas être assimilé à Mr Lavigne.
Continue!
Michel

Écrit par : Michel | 28/04/2009

quel domaine? Bon, personne n'a d'idée sur l'origine de cette cuvée? ;-)
Michel, je crois que tu l'as déjà dégustée aussi ...

Écrit par : LaurentVinature | 28/04/2009

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